Georges Fourcade: le premier Réunionnais à avoir été enregistré !

Les cylindres Edison

Cette fois ci, la technique est acquise, et les phonographes opérationnels. On commence à fabriquer des supports en série, en France et aux USA. L'industrie cherche un standard, et même si l'effet que produisent les lectures est incroyable pour une fin de XIXème siècle, le problème reste celui de leur reproduction. Chaque exemplaire gravé est unique! Et dans l'effervescence du début du XXème, nombreux sont ceux à avoir expérimenté des matières et des techniques différentes, pour des enregistrements jusqu'à 4mn30.

Les cylindres Edison sont parmi les plus efficaces, le travail de recherche sur la matière à utiliser ayant été pharaonique, a permis d'obtenir une qualité audio bluffante. Comme l'oreille s'habitue toujours, un rendu subjectif d'une exceptionnelle fidélité était alors apparu, amenant à des situations cocasses parfois, dans lesquels l'auditeur ne pouvant croire en cet objet, cherchait la personne cachée qui parlait. A l'écoute aujourd'hui, on grimacerait, mais l'effet à ce moment était sans doute époustouflant!

On dit que Thomas Edison n'a pas perçu son invention comme un outil potentiel de l'industrie musicale, et qu'il l'avait imaginé pour bien des rôles différents plus intégrés dans la vie quotidienne. Il aurait pu s'agir du répondeur téléphonique par exemple, mais le téléphone n'était pas encore tout à fait au point à cette époque... Bell et Edison sont d'ailleurs en affaire sur ce sujet. La musique quant à elle, de chambre ou d'orchestre, restait cloisonnée dans des cadres privés, n'ayant bien sûr pas de support de diffusion matériel. Edison fait figurer dans le brevet qu'il dépose la liste suivante pour les applications de son phonographe: utilisation en tant que sténographe (dans une version plus aboutie que celle d'Edouard Léon Scott de Martinville), réalisation de livres phonographiques pour le aveugles, apprentissage de la diction, réalisation d'un album de famille comprenant chanson et voix, fabrication de boîtes à musique et de jouets parlants, réalisation d'annonces publiques, archivage de langues et de dialectes, enregistrement de leçons de professeurs, et en connexion avec le téléphone, diffusion de documents historiques. La reproduction de la musique est citée, parmi d'autres utilisations sans qu'elle ne soit particulièrement mise en avant. C'est pourtant cette application qui va faire la réputation de ces appareils. Mais avoir chez soi une machine qui joue de la musique toute seule est encore à cette époque une idée quelque peu incongrue.

Lorsque Berliner, un ingénieur (le premier?) du son allemand, imagina en 1887 le disque et le gramophone qui donnèrent vie aux 78 tours pendant des décennies jusqu'à nos jours, l'appareil industriel de la révolution éponyme était prêt à assumer leur reproduction en grande quantité ... et la musique se mit à envahir l'espace public. Une fête de la musique exceptionnelle, dans laquelle on vit à la fois de plus en plus de musiciens et les disques qui permettent de les écouter.

Les cylindres quant à eux ont permis d'enregistrer des documents de grande valeur patrimoniale, et sont pour beaucoup encore en très bon état, témoignant de l'aboutissement d'une technologie assez bien maitrisée, même si beaucoup de perfectionnement sont encore à faire. Plusieurs ateliers en Europe et aux USA fabriquaient des machines et des supports, chacun d'un standard différent, avec beaucoup d'ingéniosité pour de nombreuses créations. Une particularité commune est néanmoins celle de la gravure en profondeur, dans la matière du cylindre.

Même s'il y a encore beaucoup d'amélioration à apporter à cette invention, tant pour la machine que pour le support, les bases sont posées par Edison, et l'on peut maintenant enregistrer le son, et le réécouter plus tard, à l'infini (ou presque!). Les cylindres sont une avancée majeure, comme le fut la photographie ou l'apparition du cinéma (la première projection publique des frères Lumière a lieu le 22 mars 1895), tous fruits de cette fin de XIXème siècle. Mais l'air du temps pousse vers le disque 78 rpm, qui ne s'appelle portant pas encore comme çà. Il prendra cette dénomination seulement à partir des années 1950, quand les disques microsillons de 33 et 45 rpm apparurent.